SOUFFRIR ET FAIRE SOUFFRIR

By: Rebecca Matthew

Rebecca's essay won her a $3,000 scholarship to study at the University of Alberta's Campus Saint-Jean!

« On n'apprend pas à mourir en tuant les autres ». Les mots de François René de Chateaubriand, figure central du romantisme français, résument ce qu’était la compétition pendant le dix-neuvième siècle : un combat pour la dominance. Malgré que certaines sociétés soient moins dévastées par la violence qu’elles ne l’étaient autrefois, très peu a changé depuis l’époque de Chateaubriand; les humains se rivalisent toujours. Aujourd’hui, les jeunes constituent le groupe démographique le plus gravement affecté par la concurrence. Couramment, on observe les effets néfastes de la compétition en y étudiant la relation avec la santé, les aptitudes sociales et la performance des jeunes.

En considérant la corrélation entre la santé des jeunes et la compétition, c’est essentiel d’examiner l’effet du stress sur l’organisme humain. Victimes de la concurrence, les élèves sont nombreux à souffrir sous l’effet des contraintes émotionnelles agissant au détriment d’un corps en croissance. Diagnostiquée à l’âge de quatorze ans avec le trouble obsessionnel compulsif, ma propre poursuite de la supériorité scolastique a mené à un sens d’anxiété chronique. Pendant que j’étais aveuglé par l’objectif d’obtenir de meilleures notes que celles de mes paires, mon corps était ravagé par la maladie. Percevant mon bien-être comme étant secondaire à la réalisation de mes buts académiques, j’ai éprouvé des troubles paniques résultant d’un désir angoissé d’être la meilleure. Selon une publication de Statistique Canada de 2002, les individus les plus gravement affectés par les troubles paniques ont moins de vingt-cinq ans; par coïncidence, il s’agit du même regroupement qui fait face à la concurrence interpersonnelle la plus extrême (5). De même, on observe que dix pourcent des étudiants d’université emploient des stimulants à un moment donné pendant leur éducation, tout dans le but d’amplifier « la concentration pendant de longues sessions d’études », surpassant ainsi les collègues (6). Selon Scott Teitelbaum, directeur médical en Floride, l’abus des drogues pharmaceutiques peut entraîner des troubles neurologiques et cœur-connexes (6). Dans l’époque où nous sommes, la concurrence parmi les jeunes mène au sacrifice de la santé pour la victoire; il s’agit d’une lutte englobant à la fois un combat contre les autres, mais, pareillement, l’automutilation.

Tout comme la compétition peut nuire à la santé d’un jeune, elle peut aussi compromettre les aptitudes sociales de celui-ci. Sous l’effet de la concurrence, un individu perçoit les autres comme étant des obstacles. Puisqu’il est difficile de se méfier de ceux qui bénéficieront de sa faillite, on observe présentement un taux accru d’hostilité parmi les enfants. Pire encore, les jeunes sont susceptibles de percevoir la valeur humaine comme étant dépendante du triomphe. Selon psychologue Brad J. Bushman de l’Université de Michigan, les jeunes qui maintiennent une attitude narcissique à l’égard d’eux-mêmes, se croyant ainsi supérieurs aux autres, sont plus susceptibles d’agir de manière agressive face à un échec ignominieux (8). Le principe de honte de Bushman, figurant dans la publication de Child Development de novembre/décembre 2008, pourrait même expliquer les tendances violentes qu’on observe maintenant auprès des adolescents dans la société nord-américaine. Conséquemment, il est possible de prendre en compte le cas de Reena Virk, fille de quatorze ans brutalement tuée en 1997 par ses collègues en Colombie-Britannique. Parmi les coupables figure Kelly Ellard, adolescente jalouse, motivée à punir Virk pour lui avoir volé son copain (1). C’est ainsi qu’on observe, de la part d’Ellard, une violence inexcusable stimulée par la concurrence. Sans aucun doute, la compétition est néfaste aux aptitudes sociales des jeunes; surtout en considérant l’horreur des résultats potentiels.

Malgré la dégradation de la santé et de la sociabilité de jeunes souffrant sous les contraintes de la rivalité, il est essentiel d’évaluer les effets de la compétition sur la performance au sein ce groupe démographique. Dans un domaine éducatif, la visibilité du statut scolaire est néfaste à la prouesse cognitive, faisant de sorte que les individus s’effondrent sous leurs rivaux. Spécifiquement, dans mon expérience du système scolaire public, j’ai observé qu’on utilise souvent les travaux d’un élève comme modèle pour les autres étudiants. Pascal Huguet, directeur au Laboratoire de psychologie cognitive à l’Université de Marseille, s’oppose à cette pratique. Le gérant énonce que l’usage de standards concurrentiels comme outil d’apprentissage fait rejeter les élèves déjà stigmatisés, ceux-ci courant le risque de développer des attentes « très négatives à l’égard d’eux-mêmes » (2). Dans ma propre vie, j’ai eu l’occasion d’observer de tels sentiments de démoralisation auprès des enfants d’une école élémentaire. En faisant du volontariat à une garderie, j’ai dû consoler ceux qui se démontraient ‘mauvais perdants’ en jouant aux sports. Sans réassurance, la confiance d’un enfant vaincu est susceptible de chuter, tout comme la possibilité que ce dernier veuille rejoindre le jeu. Selon Terry Orlick, expert canadien du divertissement, la meilleure manière d’empêcher que les jeunes se découragent face à l’échec est d’éliminer la concurrence complètement. Orlick illustre son idée à travers l’opinion que l’activité enfantine des chaises musicales soit modifiée; au lieu d’éliminer un compétiteur à chaque tour, il faudra simplement retirer une chaise. De cette manière, à la fin du match, il ne reste qu’un seul siège, mais une multitude de gagnants (3). Au lieu de valoriser le vainqueur, il faut applaudir l’engagement de tous.

La compétition peut nuire à la santé, à l’amabilité et aux accomplissements des jeunes d’aujourd’hui. La concurrence a de graves répercussions dans ce groupe démographique, créant l’obligation de toujours être le meilleur et de toujours connaître la victoire. Pourtant, l’espoir d’un futur paisible dénué de rivalité n’est pas irréaliste. Une solution possible se trouve dans une démarche plus coopérative de la société. Après tout, un seul homme peut déclencher une guerre, mais il faut être deux pour faire la paix.


BIBLIOGRAPHIE

1. GRAYDON, Shari. “Bad Girls.” Media Awareness Network. Mar. 1999. http://www.media-awareness.ca/english/resources/articles/stereotyping/bad_girls.cfm?RenderForPrint=1. Rpt. in Homemakers Magazine. 1999.

2. HUGUET, Pascal. “Bon ou mauvais élève?” Sciences Humaines. Web. 3 Jan. 2010. http://www.scienceshumaines.com/bon-ou-mauvais-eleve-_fr_3503.html.

3. KOHN, Alfie. “The Case Against Competition.” Working Mother. 1987. Web. 3 Jan. 2010. http://www.alfiekohn.org/parenting/tcac.htm.

4. - - -. “It’s Not What We Teach, It’s What They Learn.” Education Week 10 Sept. 2008. EBSCO Education Research Complete. Web. 3 Jan. 2010. http://web.ebscohost.com.

5. Le Quotidien. “Trouble panique.” Statistique Canada. 29 Nov. 2004. Web. 3 Jan. 2010. http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/041129/dq041129b-fra.htm.

6. “Le ritalin à l’école.” RitalinAbus. Web. 3 Jan. 2010.
http://www.ritalinabus.com/?page_id=3.

7. ROSELLI, Anthony M. “Chapter 3: Results Reduced to Numbers.” Dos & Dont’s of Education Reform: Toward a Radical Remedy for Educational Failure. New York: Peter Lang Publishing, Inc, 2005. 41-53. EBSCO Education Research Complete. Web. 3 Jan. 2010. http://web.ebscohost.com.

8. THOMAES, Sander, et al. “Trumping Shame by Blasts of Noise: Narcissism, Self-Esteem, Shame, and.” Child Development 79.6 (2008): 1792 – 1801.


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