LA COMPETITION : NATURELLE, DESTRUCTIVE, INUTILE
By: Eva Maxwell
Eva's essay won her a $5,000 scholarship to study at the University of Ottawa!
Depuis toujours, la compétition est une force naturelle voire omniprésente dans l’ensemble de nos sociétés. Elle est un facteur qui incite les hommes à se dépasser tout en laissant les autres derrière eux. Elle est la source de toutes les motivations qui poussent les humains les uns contre les autres, surtout dans les entreprises ou les groupes sociaux. La compétition réside à la base de toutes les réactions humaines envers les autres et à la base des systèmes entrepreneuriaux ou collectifs. Ainsi perçue, c’est facile de la voir comme étant l’unique élan vers le progrès. Le monde n’est qu’un ensemble d’individus qui s’affrontent, animés par le désir de gagner sur les autres. Tellement présente, la compétition cache le concept d’émulation, système qui promeut la coopération, comme facteur important de stimulation et de progrès. La compétition, une « force » que je considère dangereuse, ne mène qu’à la destruction morale et physique de tout un chacun. Selon moi, cette idée de compétition inévitable est perversement inculquée chez les enfants dès leur intégration sociale. La compétition n’est pas utile parce que de toute évidence, elle contribue à la destruction de la dignité humaine et à la création de l’hostilité, tout en plaçant les enfants dès leur plus jeune âge dans un milieu destructif.
La première constatation qui s’impose, c’est que la compétition remplace toute recherche de dignité et de coopération par une constante lutte entre gagnant et perdant. La théorie de l’évolution et de la sélection naturelle de Darwin soutient que la compétition est essentielle pour le développement des espèces. « Il y aura toujours de la compétition sévère : les espèces vivantes les plus favorisées ou évoluées vont pouvoir se répandre : il va y avoir beaucoup d’extinctions des espèces moins améliorées... »(1) La compétition sert, alors, à l’élimination des plus faibles et au triomphe des plus forts. Il serait illusoire et naïf de croire que ce concept de domination n’existe pas, par nature, chez les humains. Puisqu’il n’y a toujours qu’un seul gagnant, le perdant, même pas anéanti est profondément affecté. Comme le fait remarquer un journaliste du quotidien « Le Monde », « L’orgueil fait naitre le sentiment de fierté mais aussi de l’échec. »(2) Ceci dit, il y a deux extrêmes dans une compétition. Plus on gagne, plus c’est difficile voire intolérable de perdre. Le perdant se retrouve sans confiance et en sort découragé à point tel qu’il se retire détruit de la compétition. Moi-même, ayant suivi un cursus scolaire très ou trop compétitif, je sais ce que c’est de se retrouver ébranlé tout simplement pour ne pas avoir obtenu la meilleure note. Ces arguments viennent renforcer l’opinion que la compétition n’est pas utile et sert à la destruction de l’estime de soi et de la dignité.
Il s’y ajoute que la compétition crée un sentiment d’hostilité complètement déplacé. Si la compétition est un instinct naturel, nous, humains, nous l’exploitons sans vergogne. Prenons comme point de départ toutes les guerres de notre histoire. N’est-il pas vrai que la guerre froide n’était qu’une compétition féroce et illégitime? Pourquoi acceptons-nous les guerres, leur destruction, l’hostilité et les horreurs qui s’y rattachent, sinon pour être vainqueurs et connaître la gloire? Être en compétition avec quelqu’un, c’est vouloir le vaincre et le mettre en infériorité, le dominer. La morale et la justice qui sont à la base même du droit et du fonctionnement de nos sociétés sont mises en danger par cette compétitivité. L’argument que la compétition existe dans la nature ou qu’elle est essentielle au progrès ne résiste guère à l’analyse. À mon avis, la compétition n’aide qu’à la création de barrières et de frontières entre individus. On ne peut qu’attester que la compétition est non seulement inutile mais qu’elle est aussi malheureusement destructive des liens sociaux, communautaires et interpersonnels.
En outre, éduquer des enfants dans un système et une société établis sur le concept de compétition fait naitre des comportements destructifs qui ne sont ni utiles ni nécessaires. Commençons d'abord par examiner le milieu familial durant les premières années d’un enfant. Si l’enfant a des frères ou sœurs, il suffit de les comparer pour amorcer un cycle dangereux dans lequel les membres de la famille se retrouvent en compétition, soit pour de la sympathie, soit pour de l’attention. Ensuite, l’enfant à l’école se trouve jugé et comparé aux autres. Les mots « concurrence » et « compétition » font partie de son vocabulaire et sont déjà gravés en lui depuis son très jeune âge. Le résultat? C’est bien évident que la compétition mène à la jalousie, et par la suite, au conflit. À mon avis, la compétition, dès un jeune âge, donne à la vie un goût d’invivable et d’insoutenable. Il en est de même de la compétition dans les sports. Quand j’étais jeune, j’adorais la natation. Mes parents avaient décidé de me placer dans une équipe de natation compétitive. Non seulement ai-je perdu ma passion pour la natation, mais j’ai compris que la compétition ne menait à rien sinon à une cruelle confrontation. La réponse à ce dilemme est l’émulation, elle est différente de la compétition en évitant ses problèmes majeurs, puisque tout le monde est gagnant. Personne ne perd, mais chacun y gagne en sagesse, sérénité, accomplissement personnel et plaisir de participer. Placer les enfants dans un milieu compétitif est inutile et pourrait être évité facilement.
À tout bien considérer et selon moi, la compétition est indéniablement inutile parce qu’elle annihile la créativité, la joie de participer et la coopération avec l’autre. Elle détruit des valeurs morales comme l’entraide et la coopération pour les remplacer par la comparaison et l’hostilité. La compétition n’est pas une stimulation positive. Elle est dépourvue de sensibilité et éloigne l’homme d’un véritable humanisme. À mon point de vue, l’émulation est bien plus utile que la compétition, parce qu’elle privilégie les relations interpersonnelles. D’après Pierre Joliot, « Une société n'offrant comme perspective qu'une compétition sans merci où les soi-disants meilleurs gagnent en écrasant les plus faibles et les moins combatifs ne me semble pas porter l'espoir d'un avenir particulièrement radieux. »(3) Peut-être que la question finale devrait être : Que doit-on privilégier? Le progrès ou le bien être des humains et la sauvegarde de l’humanité?
(1) Darwin, C. (2008). On the Origin of Species: The Illustrated Edition (Ill ed.). New York: Sterling. (Traduction introuvable, traduit par Eva Maxwell)
(2) Compétition ou émulation ? - Manager au XXIème siècle - Blog LeMonde.fr. (Le 2 janvier, 2008). Manager au XXIème siècle - Blog LeMonde.fr. Retrouvé le 21 décembre, 2009, de http://lemanagementduxxieme.blog.lemonde.fr/2008/01/02/competition-ou-emulation/
(3) Joliot, P. (2001). La Recherche Passionnément. Paris: O. Jacob.
Références
Abolab. (n.d.). La compétition est-elle un moteur ou un obstacle à la vie en collectivité ? - AgoraVox le média citoyen. AgoraVox le média citoyen. Retrouvé le 21 décembre, 2009, de http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-competition-est-elle-un-moteur-54625
Compétition - Citations - EVENE. (n.d.). EVENE - Toute la culture. Retrouvé le 21 décembre, 2009, de http://www.evene.fr/citations/mot.php?mot=competition&p=2
Compétition : comment profiter de l’émulation pour vous améliorer | Devenir riche à votre manière. (n.d.). Esprit Riche : argent, développement personnel, idée business et investissement. Retrouvé le 21 décembre, 2009, de http://esprit-riche.com/competition-comment-profiter-de-lemulation-pour-vous-ameliorer/
Compétition ou émulation ? - Manager au XXIème siècle - Blog LeMonde.fr. (Le 2 janvier, 2008). Manager au XXIème siècle - Blog LeMonde.fr. Retrouvé le 21 décembre, 2009, de http://lemanagementduxxieme.blog.lemonde.fr/2008/01/02/competition-ou-emulation/
Darwin, C. (2008). On the Origin of Species: The Illustrated Edition (Ill ed.). New York: Sterling. (Traduction introuvable, traduit par Eva Maxwell)
Joliot, P. (2001). La Recherche Passionnément. Paris: O. Jacob.
Verdier-Molinie, A. (27 Janvier, 2009). Ecole : l'évaluation de l'enseignement est une nécessité - iFRAP. Fondation iFRAP - Le Think Tank de la Société Civile. Retrouvé le 21 décembre, 2009, de http://www.ifrap.org/Ecole-l-evaluation-de-l-enseignement-est-une-necessite,1050.html
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